Entreprendre

Entrepreneure au féminin
Entreprendre lorsque l’on est une femme

Chaque année, 200 000 femmes se lancent dans l’aventure de la création d’entreprise. Entrepreneur, entrepreneure, créer son entreprise est un défi à relever, mais est-ce différent lorsque l’on est une femme ? Préjugés, difficultés, tremplins… Nous avons essayé de répondre à toutes ces questions avec Anne-Laure Plessier, CEO et Happy Sherpa de Cocoom. Créee en 2017, Cocoom est un média interne qui facilite le partage des informations clés et qui accompagne les entreprises dans leurs transformations digitales.

Comment vous est venue l’idée de Cocoom ?

Je ne suis pas seule à avoir eu l’idée, nous sommes quatre co-fondateurs, c’est vraiment le fruit d’une coconstruction. Pour l’histoire, ce qui s’est passé c’est que j’étais product owner chez un éditeur de logiciel qui faisait de la communication interne puis j’en ai eu un petit peu marre au bout d’un moment de voir que tout ce qui cristallisait les demandes c’était toujours l’outil. Un outil ne va jamais correspondre aux besoins de tout le monde, un bouton n’est pas au bon endroit, il manque une fonctionnalité… Nous étions juste là pour poser des palliatifs qui n’allaient pas répondre réellement au problème posé. Du coup, j’ai eu envie de réinventer un peu ce métier et de me dire « Ok, c’est quoi la problématique réelle dans la com’ interne ? Comment est-ce qu’on va y répondre ? Est-ce que la solution c’est un logiciel ou pas ? » Et finalement, le fruit de ces rencontres et de ces associations nous a donné l’idée de Cocoom. Cocoom est vraiment une solution hybride où l’on va amener à la fois du conseil, de l’accompagnement et de la co-construction et un outil qui, cette fois-ci, va être support de tout ce qu’on a trouvé en amont.

Qu’est-ce qui vous a incité à faire le premier pas ?

Il y a eu deux événements, d’abord il y a la FAILCON. J’ai participé à la FAILCON en tant que spectatrice et je me suis dit : « mais c’est fou, toutes les difficultés, toutes les erreurs qu’ils peuvent commettre, tout cela, je le rencontre moi aussi aujourd’hui dans mon parcours et pourtant je suis salariée. Pourquoi est-ce que je ne ferais pas des erreurs par moi-même ? ». Et ensuite, on a eu l’opportunité de négocier une rupture conventionnelle, donc ce qui m’a incité à me lancer c’est la FAILCON, ce qui m’a permis de lancer, c’est Pôle Emploi.

Quel type d’entrepreneure êtes-vous ?

Ce qui me définit le mieux c’est mon titre, c’est celui qui est sur ma carte de visite ou sur LinkedIn, c’est Happy Sherpa. C’est un petit peu ce que je disais avant, je suis vraiment une aventurière, mais par contre je ne suis pas solitaire, c’est -à-dire que j’aime bien le faire et j’aime bien le faire en équipe et j’aime bien essayer de faire en sorte que chacun ait tout ce qu’il faut pour y arriver donc finalement ce côté Sherpa, guide de haute montagne, c’est : « Ok, on va aller là-bas, on va aller au sommet, mais par contre je vais vous aider, je vais porter les sacs, on va y aller tous ensemble et je vais vous ouvrir la voie ».

D’après votre parcours, quels sont les facteurs clés de réussite ?

Ne pas avoir peur, c’est vraiment ce qui a été déterminant pour moi. Pour chaque choix, je me pose la question suivante : « est-ce que je prends cette décision par peur ou par amour ? », par peur, par fermeture ou par amour, par ouverture. Et finalement ce qui fait une vraie différence, dans un parcours entrepreneurial, ça va être cette capacité à faire fi de nos peurs pour prendre des risques, pour s’ouvrir, pour s’enrichir, pour écouter, pour partager et c’est comme ça que l’on va construire un projet. On n’est pas seul, ce n’est pas une idée qu’on a comme ça un jour, qui nous illumine et qui fait qu’on va tout faire seul. On ne peut pas dire qu’on a une idée seul, cette idée va être co-construite au fil des rencontres.

Quelles sont les qualités d’une bonne entrepreneure ?

Là encore, c’est un peu la même chose, c’est de ne pas avoir peur. J’ai eu un retour d’une stagiaire qui était au B612 {NDLR : incubateur} et qui me disait « Mais qu’est-ce que tu es forte, qu’est-ce que tu es une femme forte, c’est incroyable », mais je ne pense pas que ce soit de la force, c’est juste d’être beaucoup plus résistant à la prise de risque et d’avoir beaucoup plus confiance en l’avenir, ce n’est pas une question d’augmenter en force, c’est vraiment une question de résilience et de se dire quoiqu’il arrive je trouverais une solution.

Est-ce un atout d’être une femme ?

Oui et non, il n’y a pas de bonne réponse. Ce n’est pas un atout, ce n’est pas
un inconvénient. Ça peut être un atout parce qu’il y a des quotas pour certains
concours, pour certains prix. Et d’un autre côté, ces mêmes quotas sont un
inconvénient. Parce qu’il n’y a aucun mérite à être une femme. Pourquoi estce que j’aurais un concours de l’entreprendrait au féminin, d’accord je suis
entrepreneure, là je peux avoir quelque chose, je mérite ce prix, mais le fait
d’être une femme quel est le mérite, c’est de l’ADN. Donc un atout, oui et non.
Après, en termes de posture c’est toujours un peu plus délicat d’être une
femme, tout simplement parce que, quand on fait des soirées réseaux, quand
on rencontre des investisseurs, on est souvent, très souvent, face à des
hommes et là il faut vraiment se poser la question de notre posture. Est-ce
qu’on se met en position de femme, qu’est ce qu’on essaie de montrer, est-ce
qu’on essaie de plaire ? Quel est le rapport qui se met en place ? Et là ça peut
être très délicat. Alors moi je n’ai pas de souci de ce côté, car j’ai l’impression
d’être un garçon {rires}, mais je sais que ça peut être compliqué.

Cocoom vient de lever 500 000 €. Le fait que vous soyez une femme
a-t-il été un frein ou un avantage ?

Pour la levée, le fait d’être une femme ça n’a été ni un frein ni un avantage. Enfaite je pense que quand on lève des fonds et quand on monte sa startup ce qui fait une vraie différence c’est notre personnalité, si on est capable d’embarquer les gens sur une vision, sur un projet, ça je dirais qu’il n’y a pas de différence. Par contre ce qui va changer c’est le montant des fonds qu’on va lever. Et ça, je m’en rends compte, pour des projets qui ont la même maturité que le nôtre que quand on est une femme on a plutôt tendance à minimiser, à sécuriser à être beaucoup plus raisonnable, à demander moins, à être moins ambitieuse et c’est cela qui peut nous pénaliser.

Vous êtes incubés au B612, pouvez-vous nous parler de la parité au
sein de l’incubateur ?

Pour la levée, le fait d’être une femme ça n’a été ni un frein ni un avantage. Enfaite je pense que quand on lève des fonds et quand on monte sa startup ce qui fait une vraie différence c’est notre personnalité, si on est capable d’embarquer les gens sur une vision, sur un projet, ça je dirais qu’il n’y a pas de différence. Par contre ce qui va changer c’est le montant des fonds qu’on va lever. Et ça, je m’en rends compte, pour des projets qui ont la même maturité que le nôtre que quand on est une femme on a plutôt tendance à minimiser, à sécuriser à être beaucoup plus raisonnable, à demander moins, à être moins ambitieuse et c’est cela qui peut nous pénaliser.

Qu’est-ce que l’entrepreneuriat a changé dans votre vie ?

Déjà, je me suis découverte, j’ai découvert que c’était vraiment le métier qui était fait pour moi, j’ai besoin de cette liberté, j’ai besoin de créer, de prendre des risques, ça fait partie de ma nature et donc c’est vraiment ce qui me permet aujourd’hui de m’épanouir. Ça a changé mon taux de caféine qui était déjà bien élevé avant, et ça a changé les discussions à la maison avec mes enfants. Aujourd’hui, mes enfants et notamment mon fils, du haut de ses sept ans, me dit qu’il a envie de monter des entreprises, me décrit les entreprises qu’il a envie de monter et on ouvre enfin ensemble le champ des possibles.

Existe-t-il des tremplins dédiés aux femmes entrepreneures ?

Oui, il y a beaucoup de prix et d’un côté je trouve cela dommage. C’est ce que je disais, ok pour la discrimination positive, il en faut, c’est intéressant, ça nous met en avant et ça montre l’exemple, malgré tout, je trouve que c’est vraiment dommage d’avoir un prix pour être une femme parce qu’on n’a pas de mérite à être une femme. Là où j’aimerais vraiment pouvoir m’investir – et tout le monde peut me contacter pour ça – j’aimerais aller dans les lycées, dans les collèges et montrer enfaite. Voilà ce qu’on fait. Qu’on soit un homme ou une femme, montrer des parcours d’entrepreneurs et que, dans les interventions, il y ait une parité. Ce n’est pas forcément avoir un prix « femme entrepreneure ». Quand on fait des conférences, il y a énormément de femmes qui ont des choses très intéressantes à dire, faites-les intervenir. Faites-en des expertes.

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui rêve de suivre votre
exemple et de se lancer ?

Encore une fois de ne pas avoir peur. Pour moi c’est la condition sine qua non, être capable de prendre des risques car, en réalité, ce ne sont pas vraiment des risques et c’est vraiment ça. Ne pas avoir peur. Ce à quoi on résiste persiste.

Quelles sont vos ambitions pour 2019 ?

Mes ambitions pour 2019, c’est de réussir à passer de 10 à 100 clients en conservant la même qualité de service et surtout en construisant une équipe, parce qu’un projet et une entreprise ce n’est pas juste un dirigeant, c’est vraiment une équipe. Comment faire en sorte que chacun trouve sa place, se sente bien, participe au projet et soit reconnu pour ce qu’il apporte ?

Et si c’était à refaire ?

Je le refais direct !

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